Enfant et chien

Opportunités, responsabilités et règles pour une cohabitation sereine.

Les enfants et les chiens peuvent développer une relation tout à fait particulière. Un chien apporte de l’activité physique, des expériences communes et beaucoup de joie dans le quotidien familial. Il peut être pour les enfants un compagnon familier et un partenaire de jeu, leur apporter du réconfort et les aider à apprendre la considération, la bienveillance et le respect envers un autre être vivant.

Cependant, une cohabitation harmonieuse ne va pas de soi. Les enfants ne sont pas encore capables d’évaluer de manière fiable le comportement d’un chien et ne savent pas toujours identifier les risques potentiels. Pour qu’une relation sûre et de confiance puisse se développer, il faut donc des règles claires, des lieux de refuge protégés pour le chien ainsi qu’un accompagnement prévoyant et attentif de la part des adultes.

Des recherches telles que la revue systématique de Purewal et al. (2017) et l’étude de Hawkins et Williams (2017) suggèrent qu’une relation positive avec un animal de compagnie peut avoir des effets bénéfiques sur le développement social, émotionnel et, dans certains cas, cognitif des enfants. Ce qui est déterminant ici, ce n’est pas seulement la présence d’un chien au sein du foyer, mais surtout la manière dont cette cohabitation est organisée et encadrée dans la vie quotidienne de la famille.

La responsabilité incombe aux adultes

Même si la vie de famille avec un chien offre de nombreux aspects agréables et enrichissants, elle exige également des responsabilités, une gestion prévoyante et un accompagnement fiable de la part des adultes.

Selon leur âge, les enfants ne sont pas encore capables de décrypter de manière fiable le langage corporel, les besoins et les limites d’un chien. De même, ce n’est qu’à mesure qu’ils gagnent en maturité qu’ils peuvent évaluer les conséquences de leur propre comportement. Les jeunes enfants, en particulier, se déplacent souvent rapidement et de manière désordonnée, sont bruyants, tombent parfois, attrapent spontanément des objets ou recherchent un contact physique étroit. Pour un chien, cela peut être surprenant, désagréable ou trop exigeant.

Les adultes ont donc pour rôle d’observer attentivement tant l’enfant que le chien et de guider les deux. Ils expliquent des règles compréhensibles, veillent au besoin de calme du chien et aident l’enfant à interpréter correctement ses signaux. Si les premiers signes de malaise sont détectés, la situation peut généralement être résolue rapidement et sereinement.

Une cohabitation responsable implique donc de prendre au sérieux les besoins de l’enfant et du chien de la même manière, d’établir des règles claires dès le début et d’organiser les moments passés ensemble de manière à ce que les deux se sentent en sécurité et à l’aise.

Les jeunes enfants, en particulier, ne doivent jamais rester sans surveillance avec un chien, même si les deux se connaissent bien. La surveillance implique qu’un adulte suive attentivement la situation, se trouve à proximité et puisse intervenir à tout moment. Si cela n’est pas possible, l’enfant et le chien doivent être séparés physiquement.

Des études sur les blessures par morsure de chien montrent que de nombreux incidents impliquant des enfants se produisent à domicile, avec le chien de la famille. Cela ne signifie bien sûr pas que les chiens de compagnie représentent systématiquement un danger. Cela montre plutôt que la familiarité ne remplace pas à elle seule un accompagnement attentif. Il incombe aux adultes d’évaluer les situations de manière réaliste, d’apporter leur aide à temps et d’offrir à la fois à l’enfant et au chien un cadre fiable et sûr.

Reconnaître les signaux du langage corporel

Les chiens communiquent avec tout leur corps. Leur posture, leurs mouvements, leurs expressions faciales et leur comportement indiquent s’ils se sentent à l’aise, s’ils cherchent le contact, s’ils sont excités ou s’ils ont besoin de plus d’espace. Un chien détendu adopte souvent une posture relâchée, des mouvements souples et une expression faciale détendue. Il s’approche de son plein gré, renifle calmement, s’allonge confortablement ou, après une courte pause, cherche à nouveau le contact. De tels signaux peuvent indiquer que le chien se sent à l’aise dans la situation donnée.

Si une rencontre lui devient désagréable ou s’il a besoin de calme, il le fait souvent savoir dans un premier temps de manière très subtile. Il peut par exemple :

  • détourner la tête ou le corps,
  • éviter le contact visuel,
  • cligner des yeux ou bâiller,
  • se lécher les babines,
  • rabattre ses oreilles vers l’arrière,
  • lever une patte,
  • se déplacer plus lentement,
  • se lever et s’éloigner,
  • ou se retirer dans son coin.

Si ces premiers signaux ne sont pas repérés ou sont ignorés, le chien peut se montrer plus explicite. Il se raidit, se fige, fixe du regard, grogne, montre les dents ou claque des mâchoires. C’est alors, au plus tard, qu’il a besoin de plus d’espace et que la situation doit être calmement désamorcée par un adulte.

Tous les chiens ne manifestent pas tous ces signaux, ni dans le même ordre. De plus, un signal isolé ne peut pas toujours être interprété sans ambiguïté. Un chien peut bâiller par fatigue, se lécher les babines après avoir mangé ou s’immobiliser brièvement lorsqu’il observe attentivement. Ce qui est donc toujours déterminant, c’est l’ensemble du langage corporel, la situation du moment et les changements de comportement.

Les enfants doivent d’abord apprendre à distinguer ces nuances. Une étude menée par Meints, Brelsford et De Keuster (2018) montre que des enfants âgés de trois à cinq ans peuvent déjà, grâce à un apprentissage ciblé s’appuyant sur des images et des vidéos, apprendre à mieux reconnaître et interpréter certains signaux de stress et de conflit chez les chiens. Les signaux subtils restent toutefois plus difficiles à interpréter, en particulier pour les plus jeunes enfants. Il est donc d’autant plus important que les adultes les accompagnent dans l’observation du langage canin et adoptent avec eux le point de vue du chien.

« Regarde, le chien détourne la tête. Peut-être qu’il n’a plus envie d’être caressé pour le moment. On fait une pause et on verra s’il revient vers nous plus tard. »

Ainsi, la reconnaissance des signaux devient non seulement une règle de sécurité, mais aussi un élément essentiel de la relation. L’enfant apprend à écouter attentivement – même lorsque son interlocuteur ne s’exprime pas avec des mots. Reconnaître certains signaux peut contribuer à la sécurité, mais ne remplace en aucun cas la surveillance et l’anticipation des adultes.

Comprendre les signaux, respecter les besoins

Reconnaître les signaux émis par le chien est la première étape. Il est essentiel d’y réagir de manière appropriée au quotidien. Des règles claires aident à respecter les besoins et les limites de l’enfant et du chien, et favorisent une cohabitation sûre et basée sur la confiance. Cela inclut des contacts volontaires, des moments de repos sans être dérangés, des tâches adaptées à l’âge et des expériences communes positives.

Beaucoup d’enfants ont envie de caresser un chien, de le serrer dans leurs bras ou d’être tout près de lui. Ces gestes partent d’une bonne intention, mais ne correspondent pas toujours à ce que le chien trouve agréable à ce moment-là. En particulier, les câlins, le fait de le retenir, les bisous ou le fait de placer son visage juste devant la tête du chien peuvent restreindre sa liberté de mouvement et l’empêcher de prendre lui-même ses distances.

Un contact respectueux commence donc par laisser le choix au chien. S’il s’approche de son plein gré et adopte une posture détendue, l’enfant peut tranquillement le caresser sur le côté, à l’épaule, sur la poitrine ou sur le flanc. Après quelques secondes, on marque une courte pause. Si le chien reste là, se blottit contre l’enfant ou cherche à nouveau le contact, on peut continuer à le caresser. S’il se détourne ou s’éloigne, on respecte son choix.


Une règle simple pour les enfants est la suivante :
« Si le chien vient vers toi, reste calme. S’il cherche le contact, tu peux le caresser brièvement. S’il s’éloigne, tu le laisses partir. »

Cette approche volontaire permet non seulement d’éviter les situations désagréables, mais elle renforce également la confiance. Le chien constate que ses signaux sont pris en compte et qu’il a le droit de se soustraire à un contact s’il ne le souhaite pas. L’enfant apprend en même temps que l’affection signifie aussi respecter les souhaits de l’autre. L’affection ne doit d’ailleurs pas toujours s’exprimer par le toucher. L’enfant peut lire quelque chose au chien, dessiner près de lui ou s’asseoir tranquillement à ses côtés. Ce sont justement ces moments sans prétention qui peuvent être particulièrement agréables pour les deux.

Il est tout aussi important de protéger les limites personnelles de l’enfant. Si le chien recherche trop de proximité, harcèle l’enfant ou le suit malgré son retrait, les adultes créent une distance, détournent calmement l’attention du chien et veillent à ce que les limites de l’enfant soient respectées.

Une bonne relation ne se résume pas seulement à des activités communes, mais comprend également des moments de pause. Les chiens ont besoin de suffisamment de sommeil, de calme et de moments où on ne leur parle pas et où on ne les touche pas.

Chaque chien devrait donc disposer d’un lieu de retraite protégé. Il peut s’agir d’un panier, d’une couverture ou d’une cage toujours accessible, aménagée de manière positive, située dans un endroit calme de l’appartement. Il est important que cet endroit soit accessible à tout moment et que le chien y reste assurément à l’abri des perturbations.


Pour les enfants, il faut une règle claire :
« Si le chien est couché dans son coin de repos, on le laisse tranquille. »

Cela signifie qu’on ne doit pas caresser le chien, l’appeler, le nourrir ou l’inviter à jouer lorsqu’il se trouve là. Il ne faut pas non plus placer de jouets dans son espace de repos pour l’inciter à en sortir. Un lieu de retraite ne peut remplir sa fonction que si les adultes veillent à ce que cette limite soit respectée de manière systématique.

De même, un chien ne doit pas être dérangé lorsqu’il dort, mange ou est occupé à mâcher un jouet. Les enfants ne lui prennent ni sa nourriture, ni ses jouets, ni aucun autre objet . Si quelque chose doit être retiré, ce sont les adultes qui s’en chargent et qui gèrent la situation avec calme et prévoyance.

Ces règles ne constituent pas une restriction de la relation. Elles montrent au contraire au chien que ses besoins sont pris au sérieux. Un chien qui peut se retirer à tout moment trouve plus facilement le calme dans le quotidien animé d’une famille.

En vivant avec un chien, les enfants peuvent apprendre que prendre soin de quelqu’un exige de l’attention, de la fiabilité et du respect. De petites tâches adaptées à leur âge leur donnent la possibilité de s’impliquer et de contribuer au bien-être du chien. Ils peuvent par exemple ranger les accessoires du chien à leur place, peser la quantité de nourriture nécessaire, mettre de l’eau fraîche à disposition ou, sous supervision, aider à effectuer certains soins, à préparer des activités communes et à réaliser des exercices simples.

Le choix des tâches appropriées dépend aussi bien de l’âge et des capacités de l’enfant que des besoins et du comportement du chien. La responsabilité principale incombe toutefois toujours aux adultes. Ce sont eux qui veillent à ce que le chien soit correctement nourri, fasse suffisamment d’exercice, soit soigné et bénéficie des soins médicaux nécessaires. De même, l’éducation, les rencontres délicates et les éventuelles situations conflictuelles ne doivent pas être laissées à la charge de l’enfant.

Bien encadrée, cette participation peut renforcer l’estime de soi de l’enfant : il constate que son attitude attentive et fiable a un impact concret. En même temps, il apprend que la responsabilité ne consiste pas à décider à la place du chien, mais à percevoir ses besoins et à en tenir compte avec respect.

La relation entre l’enfant et le chien se construit avant tout grâce à de nombreuses petites expériences agréables et rassurantes. Chaque moment passé ensemble ne doit pas nécessairement se résumer à des jeux endiablés. Souvent, les activités calmes et simples sont particulièrement précieuses.

Voici quelques exemples d’activités communes adaptées :

  • aider à préparer le sac de promenade,
  • partir à la découverte avec un adulte,
  • laisser au chien suffisamment de temps pour renifler et explorer pendant la promenade,
  • découvrir ensemble différents types de sols,
  • cacher de la nourriture ou un jouet familier et laisser le chien le chercher,
  • préparer une boîte d’activités ou remplir un tapis olfactif,
  • préparer des biscuits pour chien faits maison ou une glace pour chien,
  • lui demander d’exécuter des ordres familiers tels que « Assis », « Couché » ou « Attends »,
  • s’entraîner à des tours simples comme tourner sur soi-même, donner la patte ou faire une révérence, si le chien les connaît déjà,
  • préparer la gamelle avec l’aide d’un adulte,
  • lire quelque chose à voix haute au chien ou lui raconter une histoire,
  • regarder ensemble par la fenêtre ou observer ce qui se passe dans le jardin,
  • observer ce que le chien aime particulièrement faire,
  • apprendre à décrypter le langage corporel du chien et être attentif aux moments où il recherche la proximité ou a besoin de calme,
  • pour les enfants plus âgés : participer à un cours de dressage adapté à leur âge (par exemple dans un groupe « Jeunes + Chiens »).

 

Lors de jeux de recherche, l’enfant peut par exemple cacher quelques morceaux de nourriture, puis observer comment le chien utilise son nez. Lors de l’entraînement, il peut, sous la supervision d’un adulte, donner un signal déjà connu et récompenser immédiatement le chien pour sa bonne réaction. L’enfant découvre ainsi que l’apprentissage réussit grâce à la coopération, à la patience et au renforcement positif.

Les exercices en commun doivent rester courts et ludiques, et s’arrêter tant que les deux y prennent encore plaisir. Il est important que le chien puisse à tout moment prendre ses distances ou quitter la situation. Il ne doit ni être corrigé physiquement, ni être contraint de participer.

Lorsque la cohabitation devient difficile

Malgré un accompagnement attentif, il peut arriver qu’un chien se sente régulièrement mal à l’aise en présence de l’enfant. S’il se retire souvent, s’il semble tendu, figé, s’il grogne ou s’il défend sa nourriture, ses objets ou ses couchages, il faut prendre cela au sérieux.

Tout changement soudain de comportement doit d’abord faire l’objet d’un examen vétérinaire. Des douleurs ou des problèmes de santé peuvent amener un chien à moins bien tolérer les contacts et les approches.

Ensuite, un spécialiste qualifié du comportement canin pourra évaluer la situation au quotidien et élaborer des solutions adaptées en collaboration avec la famille. En attendant les résultats de cet examen, une séparation physique claire, des espaces de retraite protégés et une organisation anticipée du quotidien permettront d’éviter que ni l’enfant ni le chien ne soient davantage mis à rude épreuve.

Demander de l’aide dès le début n’est pas un signe d’échec. Cela montre au contraire que les besoins de tous les membres de la famille sont pris au sérieux.